Mardi 13 mai 2008

Le temps emporte tout. Qu'on le veuille ou non, le temps emporte tout.
Le temps efface tout.
Et tout ce qu'il reste à la fin, ce sont les ténèbres.
Parfois, au coeur des ténèbres, on retrouve d'autres personnes.
Et parfois, au coeur des ténèbres, on les perd à nouveau.
Stephen King


Perdre une personne définitivement est un sentiment incompréhensible.

Au début on n’arrive pas à se rendre compte, on est dans un état de peine énorme, réaliser ce qu'il vient de se passer est un supplice énorme, on est dans le chaos.

Les larmes des sanglots tournent autour de vous comme des feuilles mortes en automne, le vent les fait tourner dans l'air, c'est fatalement inarrêtable... 

On a l'impression de vivre dans un cauchemar, avec comme seule issue une minuscule fenêtre cachée par la peine dans laquelle, on peut voir les heureux souvenirs d'un temps qu'on regrette déjà.

On apprivoise ces moments dans notre pensée mais ils nous filent des mains, la seule issue qui nous permet de s'enfuir de ce lieu, part en fumée, la brume implacable du chagrin prend trop de place, les souvenirs filent entre nos doigts, c'est trop dur de les atteindre.

On ne croit pas ce qu'il vient de se passer, alors on est obligé de se faire une raison, on prend notre mal en patience, on attend, que les funérailles approchent, alors on plonge dans un monde partagé entre le bien-être des souvenirs, et le mal-être de la dure réalité.

Ensuite vient une longue période de souvenirs, on peut respirer un peu, on commence pas à pas, à émerger dans le vrai monde, celui qui est sans cesse en mouvement en opposition à l'inertie de la mort, alors petit à petit on réalise que la personne en question n'est plus là, les souvenirs viennent bercer ces moments, on commence à se faire une raison, les souvenirs sont toujours là, plus clairs que jamais, la peine s'estompe et laisse la place à l'agréable émotion de ces flash-back rappelant une époque où l'on vivait en ataraxie, une époque où se souvenir était inutile puisque se voir était le quotidien.

Mais voilà, cette personne vous ne la reverrez plus, il faut continuer à vivre...
Plus les jours passent, plus on vit, au lieu de rester dans ce monde illusoire qu'est le monde des mémoires.

Quelquefois les souvenirs jaillissent à l'occasion d'une discussion, quelque-part on a honte, car on a d'un point de vue oublier que cette personne est partie pour toujours, alors on force nos souvenirs, en révérence à cet individu, et alors à ce moment là on s'aperçoit que les souvenirs sont plus flous, on arrive même des fois à oublier une expression du visage que cette personne avait l'habitude de faire, et qui nous faisait tant rire, maintenant c'est l'inexpression qui se remarque sur nos lévres.

On se rend compte alors que comme disait Stephen King, le temps emporte tout malheureusement, et que même si dans ce brouillard impétueux qu'est la mémoire, on arrive à apercevoir une quelconque lueur liée à l'individu disparu, on la perd aussitôt.
Quelque part, quand on ressent ça, on ressent la même chose que le moment où on vient de nous annoncer que quelqu'un de cher vient de s'enfuir à jamais, on arrive plus à se rappeler...

C'est malheureux, mais c'est comme ça, le temps efface tout...


 

Par Rodrigue - Publié dans : Pensées - Communauté : Pensées d'ailleurs
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